La publicité Uber Eats a une promesse simple : vous payez au clic, votre restaurant passe devant les autres. Uber affiche même une estimation flatteuse dans l'assistant de création, « 10 € de ventes par 1 € dépensé ». Ce chiffre ne dit pourtant rien de ce qui reste dans votre caisse. Une annonce peut afficher un très bon retour et vous faire perdre de l'argent. Voici comment elle fonctionne, le calcul à faire avant de l'allumer, et ce que changent les nouveaux outils annoncés par Uber en septembre 2026.
1. Comment marche la publicité Uber Eats
Dans Uber Eats Manager, la publicité s'appelle « Annonces ». Le principe est celui d'une enchère : plusieurs restaurants veulent la même place, et vous ne payez que lorsqu'un client clique sur votre annonce. Les annonces apparaissent sur la page d'accueil de l'application et dans les résultats de recherche. [Officiel, centre d'apprentissage Uber Eats, page publiée pour le Mexique, la version française n'existe pas]
Nous avons parcouru l'assistant de création dans le Manager de nos restaurants pilotés, sans rien lancer. Il pose cinq questions dans cet ordre. [Mesuré sur nos écrans, juillet 2026]
- Les établissements concernés par la campagne.
- L'audience, avec deux choix seulement : tous les clients, ou les nouveaux clients. C'est moins fin que les offres, qui permettent plus de ciblages.
- Le budget quotidien moyen. La dépense de la semaine ne dépasse jamais ce budget multiplié par sept.
- La durée. Par défaut, elle est réglée sur « En cours », c'est-à-dire sans date de fin.
- L'enchère, dans les options avancées : automatique par défaut, ou personnalisée avec un coût par clic que vous fixez.
La facturation. Les clics sont facturés hors taxes et déduits de vos versements. [Mesuré sur nos relevés] Ils sont prélevés la semaine qui suit les clics, d'où un décalage permanent entre le tableau de bord de la campagne et ce que vous lisez sur votre relevé. [Officiel, page Uber publiée pour le Mexique] Sur les factures hebdomadaires que nous avons dépouillées, la publicité est facturée par Uber Eats France SAS avec une TVA française de 20 % : pour un restaurant assujetti, cette TVA se récupère. [Mesuré sur facture] Le détail des quatre flux facturés par Uber est dans notre guide TVA Uber Eats.
Ce qu'Uber ne publie pas. Il n'existe aucun coût par clic moyen publié pour la France. Le seul budget minimum officiel connu date du lancement des annonces en France, en octobre 2020 : 35 € par semaine (communiqué Uber). Nous ne l'avons retrouvé confirmé nulle part en 2026. [Officiel, 2020, non reconfirmé]
Ce que nous avons mesuré. Sur nos restaurants pilotés en Moselle, d'août 2025 à juillet 2026 : 28 181 € de publicité hors taxes pour 61 794 clics, soit 0,46 € HT par clic en moyenne (de 0,40 € à 0,68 € selon l'établissement). Près d'un clic sur quatre est devenu une commande. [Mesuré : export des campagnes Uber Eats Manager, recoupé avec nos relevés mensuels]
2. Avant d'allumer : la pub n'arrange pas une fiche faible
Premier point, souvent ignoré : l'accès aux annonces n'est pas garanti. Les conditions Uber Eats France (dernière modification le 10/09/2026) précisent que l'accès « aux Outils d'Annonces et aux outils marketing peut être restreint ou révoqué si le Score de Réussite du Partenaire est insuffisant ». [Officiel] Le fonctionnement de ce score et ce qu'il déclenche sont détaillés dans notre guide des avis Uber Eats.
Deuxième point : une annonce achète un clic, pas une commande. Si le client arrive sur une fiche sans photos, avec une note moyenne et une carte confuse, il repart, et vous avez payé pour rien. La plupart des praticiens qui écrivent sur le sujet le disent. [Consensus terrain, non confirmé officiellement] Uber annonce pour sa zone Europe, Moyen-Orient et Afrique un taux de conversion moyen de 17,4 % des clics en commandes (centre d'apprentissage marketing Uber Eats, chiffre affiché ; la note de bas de page parle d'environ 20 %). [Officiel, moyenne régionale] Autrement dit, même en moyenne, plus de quatre clics sur cinq ne donnent rien.
L'ordre qui fonctionne est donc toujours le même : une fiche qui convertit d'abord (photos, carte, note), le classement naturel ensuite, la publicité en dernier.
3. Le calcul que personne ne fait : la pub se juge sur la marge
La plupart des guides s'arrêtent au retour sur dépense publicitaire, le fameux ROAS : combien d'euros de ventes pour un euro de pub. C'est un chiffre de chiffre d'affaires. Or une commande venue d'une annonce supporte exactement les mêmes coûts qu'une autre. Il faut donc raisonner sur ce qu'il reste.
Un exemple pas à pas
Prenons une commande type, chiffres d'illustration à remplacer par les vôtres : un panier de 30,00 € TTC, une TVA à 10 %, un coût matière de 30 % du prix hors taxes.
- Chiffre d'affaires hors taxes : 30,00 € ÷ 1,10 = 27,27 €.
- Commission Uber Eats : 30 % du montant TTC après offres, facturés hors taxes, soit 9,00 € HT (36 % une fois ajoutée la TVA de la commission, que vous récupérez). C'est le taux que nous avons mesuré sur 20 587 commandes de nos restaurants pilotés, de juillet 2025 à août 2026, détaillé dans notre article sur la commission Uber Eats. [Mesuré]
- Coût matière : 30 % de 27,27 €, soit 8,18 €.
- Ce qu'il reste pour payer l'emballage, le personnel, le loyer et la publicité : 27,27 − 9,00 − 8,18 = 10,09 €.
Ces 10,09 € sont le plafond. Dépenser plus de 10,09 € de publicité pour obtenir une commande de plus, c'est perdre de l'argent sur cette commande, avant même de compter l'emballage et le temps passé.

Ce que cela donne en retour publicitaire
Ramené au ROAS, le seuil de cet exemple est de 30,00 ÷ 10,09, soit environ 3 € de ventes pour 1 € de pub. En dessous de 3, la campagne coûte plus qu'elle ne rapporte. Au-dessus, elle laisse une marge, mais seulement si les commandes sont de vraies commandes en plus (voir la partie suivante).
On peut aussi en déduire un coût par clic maximum. Avec le taux de conversion moyen annoncé par Uber pour la région (17,4 %), il faut en moyenne 5,75 clics pour une commande. Le clic ne doit donc pas coûter plus de 10,09 × 0,174, soit 1,76 € hors taxes, et c'est un plafond optimiste. C'est le chiffre à avoir en tête si vous passez en enchère personnalisée.
Chez nous, le clic a coûté 0,46 € HT en moyenne (partie 1), bien sous ce plafond. Le vrai risque n'est donc pas le prix du clic, mais les commandes qui seraient venues sans la pub.
Pour refaire ce calcul avec vos propres prix, votre TVA et votre coût matière, utilisez notre simulateur de rentabilité Uber Eats : la marge par commande qu'il affiche est votre plafond de dépense publicitaire.
4. Le piège du ROAS : une vente attribuée n'est pas une vente en plus
Uber affiche pour sa région un ROAS moyen de 9,8, soit 9,8 € de ventes pour 1 € dépensé. [Officiel, moyenne régionale, même page] Attention : une note de bas de cette même page parle d'un « retour de 10 % », ce qui ne veut pas dire la même chose. Lisez ce chiffre comme un ordre de grandeur, pas comme une promesse.
Le vrai problème est ailleurs. Une commande « attribuée » à une annonce est une commande passée après un clic sur l'annonce. Une partie de ces clients vous auraient commandé de toute façon : vos habitués, ceux qui tapent votre nom dans la recherche. Pour eux, vous avez payé un clic pour une vente que vous aviez déjà.
Reprenons l'exemple avec un ROAS de 9,8. Sur une commande de 30 €, la pub coûte 30 ÷ 9,8 = 3,06 €.
- Si toutes les commandes attribuées sont de vraies commandes en plus, chacune vous coûte 3,06 € et il vous reste 10,09 − 3,06 = 7,03 €. Excellente campagne.
- Si une sur trois seulement est vraiment en plus, chaque commande gagnée vous coûte 3 × 3,06 = 9,18 €. Il reste 0,91 €. La campagne ne rapporte presque rien.
- Si une sur quatre seulement est en plus, chaque commande gagnée coûte 12,24 €. Vous perdez 2,15 € par commande, avec un ROAS affiché de 9,8.

Uber reconnaît d'ailleurs le sujet : parmi ses nouveautés de septembre 2026 figure la mesure du « retour publicitaire incrémental », c'est-à-dire des ventes vraiment dues aux annonces, proposée par l'intermédiaire d'un représentant Uber. [Officiel, version américaine de la page des nouveautés]
Sans cet outil, deux réflexes limitent le risque. Cibler les nouveaux clients plutôt que tous les clients : vos habitués ne devraient plus voir l'annonce. Et comparer votre nombre total de commandes avant, pendant et après la campagne, à période comparable, plutôt que de regarder les seules commandes attribuées.
5. Les réglages de l'assistant à vérifier avant de valider
L'assistant est conçu pour lancer une campagne vite. Ses valeurs par défaut ne sont pas pensées pour votre marge. Trois points à contrôler à chaque fois. [Mesuré sur nos écrans, juillet 2026]
La durée « En cours »
Sans date de fin, la campagne continue tant que vous ne l'arrêtez pas. Fixez toujours une fin, deux à quatre semaines pour un test, et faites le bilan avant de relancer.
Le budget proposé
Pour un seul de nos établissements, l'assistant proposait par défaut un budget de plus de 50 € par jour, soit plus de 350 € par semaine. À titre de comparaison, Uber indique un budget hebdomadaire moyen de 50 dollars par établissement sur sa région (centre d'apprentissage marketing). [Officiel, moyenne régionale] Partez de votre plafond de marge, pas de la suggestion.
L'enchère automatique
Elle laisse Uber fixer le prix du clic. Elle est pratique pour démarrer, mais elle ne connaît pas votre marge. Dès que vous avez calculé votre coût par clic maximum (partie 3), l'enchère personnalisée vous permet de ne jamais le dépasser.
Enfin, l'estimation affichée par l'assistant (« 10 € de ventes par 1 € dépensé ») est un argument commercial, pas un engagement. Sur nos restaurants pilotés, le retour réellement constaté a été très différent d'un établissement à l'autre, pour un même budget. [Mesuré, chiffres non publiés]
6. Les nouveautés annoncées en septembre 2026 : notre lecture
Le 2 octobre 2026, Uber a envoyé aux restaurateurs un e-mail « Découvrez les nouveautés » qui renvoie à sa page « nouveaux outils pour les annonces et les offres ». Cette page porte une réserve à ne pas oublier : les produits mentionnés « ne sont peut-être pas disponibles dans votre région ». [Mesuré, e-mail reçu ; Officiel, page liée] Voici ce qui est annoncé, et ce que nous en pensons. Aucune de ces fonctions n'est confirmée disponible partout en France : vérifiez dans votre Manager.
Le marketing géré depuis le téléphone
Uber annonce un espace marketing du Manager repensé pour créer, lancer et modifier annonces et offres depuis un ordinateur ou un mobile, avec des recommandations intégrées, y compris sur la page des rapports. [Officiel, annonce] Notre lecture : pratique, mais une recommandation d'Uber reste une recommandation de dépenser. Elle se vérifie avec le calcul de la partie 3.
Le budget partagé entre plusieurs établissements
Si vous avez plusieurs restaurants, Uber annonce qu'un seul budget pourra les couvrir, Uber déplaçant lui-même la dépense vers les zones où la demande est la plus forte. [Officiel, annonce, détail lu sur la version américaine de la page] Notre lecture : la demande n'est pas la marge. Un établissement qui vend beaucoup mais gagne peu peut absorber l'essentiel du budget. Si vos restaurants n'ont pas la même rentabilité, gardez des budgets séparés, ou au minimum regardez la répartition chaque semaine.
Les offres sur des combinaisons d'articles
Sur les offres liées au panier, Uber suggère automatiquement au client des combinaisons d'articles de votre carte pour atteindre l'offre, sans réglage de votre part. [Officiel, annonce] Notre lecture : bonne nouvelle pour le panier moyen, à condition que vos combinaisons les plus probables soient aussi vos plus rentables. Le calcul d'une offre est détaillé dans notre guide des promotions Uber Eats.
« Commander à nouveau » et les offres flash, via un représentant
Deux fonctions ne sont pas en libre-service. « Commander à nouveau » envoie automatiquement au client, après sa commande, une offre à durée limitée pour le faire revenir. Uber annonce environ 5,5 % de ventes en plus en moyenne lors de ses tests mondiaux de fin 2025 (blog Uber). [Officiel, moyenne mondiale] Les offres flash sont des événements promotionnels organisés par Uber juste avant de grands événements en direct, comme un match, également via un représentant Uber. [Officiel, annonce] Notre lecture : la fidélisation est souvent le vrai problème d'un restaurant sur Uber Eats, et c'est la fonction la plus intéressante de la liste. Mais une remise automatique à chaque client qui revient se paie sur toutes ces commandes, y compris celles qui seraient revenues sans elle.
L'API Uber Ads
Uber annonce que les annonces pourront être gérées depuis des outils tiers (caisses, logiciels, agences) reliés à Uber (blog Uber). [Officiel, annonce] Elle concerne surtout les groupes de restaurants et les éditeurs de logiciels.
Pour mesurer le poids de la publicité chez Uber : dans son rapport trimestriel déposé auprès de l'autorité boursière américaine, le groupe indique que, dans son activité de livraison, ses revenus publicitaires ont augmenté de 182 millions de dollars au deuxième trimestre 2026 par rapport au même trimestre de 2025 (rapport 10-Q, Uber). [Officiel] La publicité est devenue une source de revenus majeure pour la plateforme. Ses outils sont faits pour que vous dépensiez, à vous de décider combien.
7. Publicité ou offres : par quoi commencer
Les deux leviers ne font pas le même travail. L'annonce achète de la visibilité : elle fait voir votre restaurant. L'offre achète une décision : elle fait commander le client qui hésite. Une annonce qui envoie vers une fiche sans offre et sans photos paie des visites qui repartent. Une offre sur une fiche que personne ne voit ne sert à rien non plus.
Pour un restaurant qui démarre ou qui stagne, l'ordre qui fonctionne : la fiche, puis une offre ciblée sur les nouveaux clients, puis une annonce sur la même audience pour amener du monde vers cette offre. Les deux se cumulent dans vos coûts : faites le calcul de la partie 3 en ajoutant la remise et le frais d'utilisation de l'offre, détaillés dans notre article sur les promotions Uber Eats.
8. Quel budget pour un premier test
Il n'existe pas de bon budget universel, mais il existe une bonne méthode.
- Fixez votre plafond : votre marge par commande (partie 3) donne le coût maximum d'une commande gagnée.
- Testez petit et daté : deux à quatre semaines, audience nouveaux clients, date de fin réglée.
- Lisez le relevé, pas seulement la campagne : la dépense réelle apparaît la semaine suivante sur votre relevé, dans les dépenses marketing.
- Comparez le total : commandes et nouveaux clients avant, pendant et après, à semaines comparables.
Pour situer les montants, la presse professionnelle cite un sponsoring d'environ 100 € par semaine sur les plateformes, dans un article où un restaurant parisien explique avoir choisi de ne pas en faire (L'Hôtellerie Restauration, février 2026). [Presse, un cas] C'est un ordre de grandeur, pas une norme.
Questions fréquentes sur la publicité Uber Eats
Combien coûte un clic sur Uber Eats ?
Uber ne publie pas de coût par clic moyen pour la France. Sur nos restaurants pilotés, il a été de 0,46 € HT en moyenne sur douze mois, de 0,40 € à 0,68 € selon l'établissement. Le prix se fixe par enchère, automatiquement ou par vous en enchère personnalisée. Le bon repère est votre coût par clic maximum : votre marge par commande multipliée par votre taux de conversion.
Comment la publicité Uber Eats est-elle payée ?
Au clic, hors taxes, par déduction sur vos versements, la semaine qui suit les clics. La facture est émise par Uber Eats France SAS avec une TVA de 20 %, récupérable si votre restaurant est assujetti.
Faut-il cibler tous les clients ou les nouveaux clients ?
Pour un premier test, les nouveaux clients. Vos habitués commandent déjà : les faire passer par une annonce revient souvent à payer un clic pour une vente acquise.
Uber peut-il me retirer l'accès aux annonces ?
Oui. Les conditions Uber Eats France prévoient que l'accès aux outils d'annonces peut être restreint ou révoqué si votre Score de réussite est insuffisant.
Un ROAS de 10, c'est rentable ?
Pas forcément. Le ROAS mesure des ventes, pas une marge, et il compte des commandes qui seraient venues sans la pub. Dans notre exemple, un ROAS affiché de 9,8 perd de l'argent dès que moins de 30 % environ des commandes attribuées sont de vraies commandes en plus.
Pour conclure : une annonce se décide avec une calculatrice
La publicité Uber Eats n'est ni une arnaque ni un passage obligé. C'est un achat de clics, et un clic n'a de valeur que s'il devient une commande qui ne serait pas venue seule, sur une fiche qui laisse de la marge. Calculez votre plafond, fixez une date de fin, ciblez les nouveaux clients, et jugez sur le total des commandes plutôt que sur le chiffre affiché par la campagne. Les nouveaux outils de septembre 2026 rendent la pub plus facile à lancer. Ils ne la rendent pas plus rentable à votre place.
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